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Déglutition et orthodontie : et si tout partait de votre langue ?

Le saviez-vous ?

On avale sa salive environ 2 400 fois par jour. Et à chaque déglutition, c’est la langue qui entre en jeu. Pas un simple muscle, non : la langue est un super-moteur composé de 17 muscles différents, qui s’attachent jusqu’à la clavicule, voire un peu plus bas. Elle fait partie des muscles les plus puissants du corps humain !

Et pour vous donner une idée : moi, en tant qu’orthodontiste, je peux déplacer vos dents avec 20 grammes de pression (le poids d’une enveloppe). La langue, elle, peut exercer jusqu’à 600 grammes de force. Alors, imaginez ce que ça représente, 2 400 fois par jour... Si cette pression s’exerce au bon endroit — contre le palais — elle devient une véritable alliée. Mais si elle appuie sur les dents, c’est une force redoutable qui peut tout désaligner.

Quand tout va bien, la langue vient naturellement se poser contre le palais. On dit souvent : rose contre rose. C’est sa position de repos idéale, mais aussi celle qu’elle doit adopter quand on avale. Dans ce mouvement, les dents se touchent légèrement, sans forcer et ce sont les muscles du cou (et non du visage) qui font le boulot. C’est un geste discret, mais essentiel à l’équilibre global de votre bouche. Les muscles de la face, du contour des lèvres, du menton ne bougent pas. Seuls les muscles du cou sont sollicités, comme quand on boit de l’eau. Il faut boire sa salive.

D’ailleurs, lorsque je donne des exercices pour corriger une déglutition dysfonctionnelle, je constate souvent un petit bonus : l’affinement des traits du contour du visage. Eh oui, même ça, la langue peut y contribuer.

Lorsque la langue appuie correctement contre le palais, elle stimule la croissance de la mâchoire supérieure. Si en prime, tu respires bien par ton nez alors là, c'est topissime. La mâchoire du haut est prise en sandwich entre deux forces : celle de l’air inspiré et celle de la langue. Résultat : un palais plus large, plus d’espace pour les dents, un meilleur alignement. La cerise sur le gâteau ? La mâchoire inférieure s’adapte naturellement à cette croissance, comme une boîte qui suit la taille de son couvercle. C’est le duo gagnant pour un sourire et un visage harmonieux.

Mais si la langue se place mal, tout se complique. Elle peut par exemple se glisser entre les dents et créer une béance, ou bien s’appuyer contre la mâchoire inférieure, ce qui est souvent associé à des troubles ORL. Dans ce cas, elle stimule la mauvaise mâchoire, bloque la croissance du palais… et ça déborde en haut, avec des dents incluses qui ne trouvent pas leur place.

C’est aussi ce mauvais positionnement qui peut modifier les proportions du visage, l’allonger ou le déséquilibrer. Encore une fois, la langue prend le dessus… mais pas toujours dans le bon sens. Une bonne posture de langue s’acquiert avec l’apparition de l’ensemble des dents vers 4 ans. Mais de plus en plus, force est de constater que ce passage ne se fait pas automatiquement. Avant 4 ans, l’enfant pour avaler sa salive est obligé d’utiliser sa langue entre les mâchoires et comme obturateur pour prendre appuie et basculer son bol alimentaire vers l’arrière. Par la suite les dents font rempart et la langue telle une princesse réintègre son palais^^ 


Si ce passage ne se fait pas, c'est catastrophes en chaine. La langue dépasse, pousse les dents, les empêchent de se rencontrer, ça crée de l’espace et la langue vient le combler et c’est la spirale infernale. 

La langue est un peu l’antagoniste des masséters et ptérygoïdiens (les muscles en forme de hamac autour de la mâchoire du bas qui ouvrent et ferment la bouche). Comme le duo biceps/triceps, ces groupes musculaires doivent fonctionner en équilibre. Une langue trop faible ou des muscles masticateurs trop toniques, et c’est tout le système qui se dérègle : douleurs, troubles de l’articulation temporo-mandibulaire (ATM), subluxations… tout peut s’enchaîner.

Heureusement, il existe des solutions. Et tout commence par la rééducation. L’orthophonie, avec des exercices simples à faire quotidiennement, permet de reprogrammer ce geste de base et de replacer la langue là où elle doit être.

La kiné aussi. Et oui, les muscles, c’est leurs métiers ! Certains sont hyper spécialisés au niveau maxillo faciale.

Niveau orthodontie, on est amené à utiliser ce qu’on appelle des éducateurs fonctionnels. Ce sont des appareils amovibles conçus pour guider la langue et les mâchoires vers un bon fonctionnement. En guidant la fonction, on remuscle correctement. Il en existe de très nombreux modèles, avec des formes, des tailles et des rigidités différentes. De mon côté, je travaille avec des dispositifs semi-sur-mesure : je choisis parmi plus de 150 modèles, celui qui s’adapte le mieux à la bouche et aux besoins de mon patient.

Mais attention : tout ne dépend pas de l’appareil. Le moment où on l’utilise est tout aussi crucial. S’il est porté trop tôt, il peut stimuler la poussée dentaire avant que la mâchoire soit prête et ça peut faire plus de mal que de bien. Et parfois, au contraire, il faut y recourir au moment opportun  pour qu’il fonctionne pleinement. C’est pour ça qu’un accompagnement professionnel est indispensable.

Acheter un éducateur en pharmacie ? Pourquoi pas pour tester ou remplacer une tétine. Mais je déconseille de le porter sérieusement sans suivi : un modèle mal choisi ou mal utilisé, c’est risquer d’aggraver la situation.

Quand les habitudes sont bien ancrées ou les troubles plus importants, on peut avoir recours à des appareils fixes plus contraignants, comme les grilles à langue. C’est plus intrusif, mais parfois nécessaire. Heureusement, je n’y ai eu recours que deux fois en 15 ans.

🎉 Fun fact : la langue, ce muscle qu’on perce sans y penser
Petit clin d’œil au passage : la langue est constituée de 17 muscles hyper sophistiqués… et pourtant, on y fait parfois un piercing sans trop réfléchir. Et devinez quoi ? Ces petits bijoux qu’on frotte machinalement contre les dents peuvent provoquer des fractures dentaires ! Sans parler du traumatisme musculaire. Bref, pensez-y deux fois avant de percer ce chef-d’œuvre de précision de la nature.

Alice ne pouvait pas manger d’artichauts : ses dents ne se touchaient pas. Elle suçait son pouce, et on lui a conseillé d’arrêter. Elle l’a fait, bravo à elle ! Mais la langue a pris la place laissée libre, et le problème est resté. C’est en lui donnant de petits exercices quotidiens que les choses ont changés. Grâce à sa persévérance, les dents se sont remises en place… et elle a enfin pu croquer ses artichauts !


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